Jean-pierre Angei - photographe | Projets

Ephéméride

Ephéméride

03/23/2017



Le présent a toujours été multi-temporel, en ce sens, on peut dire que tenter de restituer le passé revient fondamentalement à observer le présent.


(Sophie Brétesché, enseignant-chercheur en sociologie)


Mes réflexions à travers mes photos ont toujours été emprunt à ce flux, ce va et vient entre le passé et le présent et vis et versa. Mes recherches sont aussi similaires à un autre domaine qui interroge la mémoire, c’est l’archéologie par un travail d’accumulation des données, des bribes d’informations.


Une photographie prise au présent fait déjà partie du passé, comme l’a écrit Roland Barthes, elle est le témoin général et comme naturel de « ce qui a été », en se sens, on peut dire aussi que tenter de restituer le présent revient fondamentalement à observer le passé.


C’est aussi une forme d’enquête à base d’hypothèses et d’interprétation sur le mouvement et la manière dont les hommes en société construisent leurs temporalités.


 


Depuis plusieurs années je questionne le rapport de l’homme et son image, sa place en dehors de sa fonction en tant qu’individu, associé à un lieu, qu’il soit en intérieur (habitation, travail…) ou en extérieur. J ‘ai par le portrait mené des ateliers en prison, des résidence d’artistes en milieu hospitalier et EHPAD, un travail sur une usine en friche et ses ouvriers(ères) cet ensemble de portraits montre toute la force de notre fragilité liée au temps d’une durée de vie et la rend encore plus précieuse chaque jour. Ce qui m’a ensuite mené sur des paysages c’est un écho au temps qui traverse notre vie, ce temps qui laisse ses traces, nous qui laissons la notre autour de nous. Les traces sont les signes matériels et tangibles d’une intersection entre passé et avenir, ce qui se produit depuis toujours c’est le vieillissement de la matière, l’usure des lieux, en bref c’est l’effet du temps exprimé par la vie des êtres et des choses.


Sur le projet photographique d’éphéméride j’utilise la montagne en hiver comme un territoire de recherche. Les photographies sont prises depuis des télécabines, le seul moyen pour moi ne sachant pas skier de me déplacer, de survoler ces territoires. Ce point de vue m’apporte une distance qui se joue de l’échelle, sur les êtres et les infrastructures, révélant leur fragilité, et celle aussi du paysage traversé.


La photographie est le seul moyen de garder en mémoire ces empreintes laissées sur cette neige éphémère. La neige est ici la trame matérielle de notre propre présent.


Ces territoires qui semblent immuables, sont ici modulés par l’homme, et le temps, les processus de changement produisent des traces qui réinterrogent les formes de permanences du passé. Le passé, tapi, immobile, dans les plis du présent que je retrouve sur une pente enneigée recouverte de lignes courbes et ces mêmes lignes qui seront effacés par une neige fraiche tel un palimpsestes. Cette neige est comme une page blanche sur laquelle on écrit notre passage en ce monde. Comme un cycle de vie ou l’échelle du temps nous est propre. Comme des rides et cicatrices que ce même temps nous laisse.


C’est un peu l’inconscient du temps que j’explore et j’y trouve une similitude à «la théorie de l’inconscient psychique » de Freud des lors qu’il a commencé à saisir le fonctionnement de ces symptômes de la mémoire.


Des visages des figures

Des visages des figures

04/12/2011

Les liens profonds noués pendant toute cette longue vie commune avec des succès et des échecs nous ont « soudés » et ces liens se poursuivent encore aujourd’hui après 20 ans de fermeture de l’usine au travers de l’association des Anciens de Lustucru qui permet aux anciens de se retrouver dans cette chaleur humaine que la vie et l’action ont tissée.


Marie Claire Abric.

Délocalisation

Délocalisation

03/05/2012

Dans ces lieux récemment vidés de leur contenu, le temps s’est emparé d’un espace avec ses vides et ses pleins.
La modification de l’espace est réorganisée une fois les personnes et les objets retirés, je m’applique à photographier une nouvelle représentation de notre passage et le modelé de matière accumulé au fil des ans qui fixe de son empreinte l’écoulement du temps.
L’avant et l’après sont côte à côte sur une même surface.
Comme référence dans le travail de Claudio Parmiggiani « Delocalzione » le déplacement et le temps engendrent une nouvelle image.

Entre-deux

Entre-deux

04/03/2012

Ces photographies commencent par ce moment où nous faisons le  choix d’apprendre à notre regard une autre façon d’être.Prises à l’intérieur d’une prison pour hommes, chacune d’entre elles est le portrait d’un homme incarcéré et pourtant rien ne laisse le pressentir. Je les regarde. S’y entremêlent la lumière et l’obscur. Comme si nous caressions les pourtours de ces corps pour n’en laisser apparaître que leur enveloppe douce. Avec tendresse, chaque photographie raconte des êtres qui sont, qui ont été, qui seront, comme s’il avait été question de tenter de peindre le mouvement d’une flèche tirée dans le temps.C’est un peu comme si l’on avait tenté de saisir le trait de lumière qui esquisse sur un mur l’ombre d’un corps, le visage d’un homme.Ce qui est à montrer ce n’est plus celui qui resplendit dans la netteté.Mais les contours, les pourtours charnels d’une présence qui est LA. Une esquisse d’un être dans tout ce qu’il recèle de lumineux. J’aime ces corps, aquarelles de pixels, dont mon regard en invente les visages, en invente les sourires, en invente les yeux qui se ferment pour pleurer et les mains qui se serrent dans les poches pour continuer à tenir. Mes yeux les contemplent et redonnent à chacun la gorge déployée sous le coup du rire. Voilà ces visages que je voudrais donner à la douceur, la simplicité du bonheur. Le bonheur ne se représente pas, il s’évoque dans le moelleux du vaporeux.


Magali Mougel

L-envol

L-envol

06/17/2014


"Madame Grès disait : « Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre ».

Au départ c‘est par la sculpture que j’ai approché le travail de la styliste modéliste Catherine Valentin.Dans son atelier Catherine trace, coupe, assemble, épingle, pique, surpique, drape, retouche cette matrice faite de Tweed, mohair, lin, drap de laine natté serré, taffetas, crêpe de soie et bien d’autre jacquard pour donner vie à un ensemble de pièce unique. Je n’ai pas cherché à photographier un produit mais à mettre en évidence un caractère, une singularité propre à chaque vêtement. Quand je photographie une personne j’essaie de capturer un instant d’abandon, de fragilité car je pense que c’est dans cette fragilité que ce trouve un lien humain universel. Pour ces portraits de vêtements, j’ai donc cherché à supprimer une fonctionnalité. Dans mon studio je les regarde suspendus devant leur propre matière et là un dialogue silencieux, cérémonieux fait de gestes s’installe, j’arrange un col, une manche, un volume par ci, un creux par là, je plie, je caresse, je lisse, je scrute, il tourne sur lui même, je photographie, je cherche là aussi ce moment juste, ou il se donne dans sa fragilité.

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